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Un extrait d’un été dans l’Ouest de Phillipe Labro

8 septembre 2017

Un extrait d’un été dans l’Ouest de Phillipe Labro

"La tornade s'est dissipée à l'horizon. Bientôt, elle ne fut plus qu'un trait de crayon sale sur une surface laiteuse, noire...

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Le Jeu du Mercredi

Notre jeu du Mercredi 13 septembre 2017

Vous étiez invités à laisser en commentaires le mot que vous inspirait cette photo. Je vous propose un texte à partir de ce joli matériel.

Notre jeu du Mercredi 13 septembre 2017

Notre récolte du Mercredi 13 septembre : infini – perspective – enfilade – le bout du tunnel – houlala, je vois double, triple, j'ai kro bu –arcades – inception – profondeur – abbaye – Ulysse et Pénélope – Andalousie – suite de Fibonacci – arches – alcôves – écho – fuite – architecture

Il a reconnu ce parfum. Il le reconnaîtrait n'importe où. Il essaie de sortir de sa torpeur, de se soulever un peu, mais il retombe lourdement sur son tas de cartons. « Houlala, je vois double ou triple. J'ai trop bu bordel. » Il se redresse de nouveau, et il a cru l'apercevoir, là, dans l'enfilade de boutiques nichées sous les arcades. Mais c'est trop tard. Et puis il ne sait plus vraiment ce qui est réel ou ce qui naît des vapeurs de l'alcool ou autres substances dont il se charge nuit et jour depuis… Combien de temps déjà ? Il a beau fouiller dans les profondeurs de ce qu'il lui reste de cerveau, il n'arrive jamais au bout. Il s'en tient toujours à la même conclusion : « Longtemps. »
Il se recouche et regarde fixement les arches au-dessus de sa tête. Ces arches qui avaient fini par le rendre fou. Pourtant, l'idée était géniale.

Il travaillait sur les perspectives ouvertes par l'application de la suite de Fibonacci à la physique quantique. C'était son sujet de thèse, tout le monde s'en foutait mais lui était persuadé qu'il allait révolutionner le monde en prouvant qu'il existait une place pour une instance supérieure qui présiderait à l'ordre que l'on observe dans la nature. Bref, il s'attaquait à la preuve de l'existence de Dieu, rien de moins. Alors évidemment, quand il disait ça comme ça, tout le monde lui riait au nez. Il savait bien que dans les alcôves de l'Université, son nom faisait, au mieux, sourire gentiment, au pire, suscitait les sarcasmes : « Ah oui, Arnaud Delapla, le grand mystique des maths modernes ! »

Mais il s'en fichait. Il savait qu'il avait raison. Son idée n'était pas plus absurde que celle de Luc et Nicolas qui étaient partis en Andalousie finir leurs travaux sur la suggestion hypnotique directement en écho au film « Inception ». Et eux, personne ne les traitait de fous !

Il avait voulu repartir du début, du nombre d'or et de l'architecture. Il avait commencé par visiter les églises et les chapelles du quartier, puis les musées alentours, les châteaux.

Au début, Tara l'accompagnait partout de son enthousiasme intarissable mais il avait fini par ne plus prononcer un mot, uniquement préoccupé par la prochaine visite, et elle était restée de plus en plus souvent à Paris. « Tu es mon Ulysse et je suis ta Pénélope ! Cherche, cherche mon amour, je t'attends ici ! »
Il avait arpenté toutes les abbayes de la région, de France, étudiant à l'infini les entrelacs de voûtes et d'arcades, les ogives, les cintres et les dômes. Et ce qui n'était qu'une hypothèse de travail était devenu une obsession.

Un soir, alors qu'il rentrait d'un périple de plusieurs semaines sans donner de nouvelles, il avait trouvé l'appartement vide avec ce petit mot posé sur la table de la cuisine : « Mon doux Ulysse, Tu as visiblement cédé au chant des sirènes. Je ne peux pas lutter. Je t'aime. Ta Pénélope. »

Il était resté comme ça, debout, hagard, le morceau de papier blanc entre les mains. Il s'était mis à pleuvoir. Il avait regardé par la fenêtre et avait aperçu un arc-en-ciel. Il y avait vu un signe. Il avait laissé les clefs sur la table, attrapé son sac à dos, avait claqué la porte derrière lui et avait pris la fuite. Il avait marché longtemps et ses pas l'avaient inéluctablement conduit sous les arches du passage d'à côté. Il s'était assis dans un coin à l'abri et y avait élu domicile.

Il a mal dans le bas du dos. Il grommelle et change de position. Il s'assied pour attraper la bouteille à côté de lui. Son nez le gratte un peu. Il y a encore cet effluve qui flotte dans l'air. Il regarde vaguement autour de lui et cette fois il la voit, un peu plus loin. Elle lui tourne le dos. Elle porte le trench beige qu'il lui avait offert un soir d'automne. Il essaie de se lever mais il est bien trop saoul. Alors il crie : « Pénéloooope ! ». Il la voit sursauter. « Pénéloooope ! ». Elle se retourne. Elle ne bouge pas. Elle a un sac dans chaque main, les bras ballants, elle le regarde. « Pénéloooope ! » Elle s'approche doucement, elle ne le quitte pas des yeux. Lui non plus. Elle est tout près. « Ulysse ? » Sa voix tremble un peu. « Ulysse… Mon Ulysse ». Elle pleure maintenant. Et il devine enfin, au-delà des arches, le bout de son tunnel.

 
 

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Notre Jeu du Mercredi 30 août 2017

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Notre Jeu du Mercredi 30 août 2017

Notre récolte : la plage dorée, Sanary-Bandol; paradis, relaxation, aube, sur la plage abandonéeee, coquillages et crustacés, éternité, scintillement, mystère, marée, sérénité, détente

« Toi et tes marées, c'est bon là ! Vous savez quoi les amis, ça fait vingt ans qu'on habite ici, et elle a toujours les horaires de marées en favori sur Explorer. Notez qu'on progresse, avant elle les ramenait à chaque fin d'été et elle les affichait sur le frigo ! ». Il se rassoit bien au fond de sa chaise, les bras croisés, un sourire au coin des lèvres, satisfait de sa sortie.
Il recueille quelques rires un peu gênés. Elle déteste quand il fait ça. Briller en éclaboussant. Piétiner l'intime. Abîmer la confidence. Pour un bon mot.
Elle sent monter ses larmes, elle les ravale, elle sourit même un peu. Elle se sent salie. Chaque fois un peu plus. Combien de temps tient l'amour comme ça ? Combien de temps résiste-t-il aux petites humiliations déguisées en farces ? L'éternité entière peut-être ? Mystère…
Elle se lève pour débarrasser les assiettes. « Qui prendra du fromage ? », sa voix tremble un peu. Elle respire un peu plus fort, comme elle a appris en relaxation. Elle ressent un tout petit mieux, pas de sérénité, non, juste une toute petite détente dans son cœur tout mouillé.
« Personne ? Bon alors tous au paradis pour le dessert ! ». Il est revenu sur le devant de la scène. Le paradis. C'est comme ça qu'il appelle le toit terrasse avec vue sur la plage dorée, entre Bandol et Sanary. « La plus belle baie du monde » se plait-il à rajouter.
Les chaises grincent sur le parquet, tout le monde se lève, parle un peu fort, chassant le malaise de l'instant précédent, le fuyant même un peu.
Elle prend la pile d'assiettes et se dirige vers la cuisine. « Je peux t'aider ? » Elle sursaute. Romain la fixe de ses grands yeux bruns. Elle n'est pas tout à fait sûre qu'il ne parle que d'assiettes. « Non, ça va, regarde, c'est fini ». Il n'est pas tout à fait sûr qu'elle ne parle que de la table.
Elle pose la pile dans l'évier, s'essuie les mains un peu maladroitement sur son tablier, et regarde, par la fenêtre, le scintillement, au loin. Elle murmure : « Un rayon de soleil sur la mer et tout est pardonné ».
« Sur la plage abandonnéeeee, coquillages et crustacés, se sont donnés rendez-vous, l'été dernier, sur la plage abandonnée… »
Elle se retourne. Romain vient de lancer cette vieille rengaine sur son téléphone et lui tend les bras pour une danse improvisée. Elle sourit. Une aube se lève sur son cœur fatigué.

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